TRAINING (2.5.1)

Le magazine du Forum Biodiversité Suisse sur la biodiversité est consacrée aux thèmes actuels dont les chercheurs et praticiens éclairent différents aspects. Une nouvelle édition paraît deux fois par an en français et en allemand.

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« La biodiversité est l'affaire de toutes et tous »

Christine Zundel est agronome et géographe.
Christine Zundel est agronome et géographe.
Christine Zundel est agronome et géographe.Immagine: zVg
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Christine Zundel, directrice de programme du Plan d’action national Stratégie Biodiversité Suisse de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), s’entretient sur les buts et défis de la seconde phase, la collaboration avec les différents secteurs et offices fédéraux, et le long chemin à parcourir entre le travail de conception et les améliorations concrètes dans la nature.

INTERVIEW: GREGOR KLAUS

HOTSPOT: Vous dirigez la deuxième phase du plan d’action national Biodiversité. Qu’est-ce qui vous a particulièrement attirée dans cette mission ?
CHRISTINE ZUNDEL : La biodiversité a mille facettes. Elle ne cesse de me surprendre par ce qu’elle réalise, mais aussi par sa beauté et sa vitalité. Pouvoir contribuer à la soutenir, c’est pour moi une très belle mission.

Vous venez du milieu agricole. Vous avez eu l’impression de changer de camp ?
Dans l’ensemble, non. À l’Office fédéral de l’agriculture, je travaillais déjà à la conciliation de l’exploitation et de la protection de l’environnement. Mais mon champ d’action s’est élargi : en plus de l’agriculture, mon travail concerne aussi les domaines de l’énergie, de la mobilité, de la forêt et de la nature en ville, pour n’en citer que certains. Dans ces secteurs aussi, il est passionnant de chercher des solutions et de les développer avec des partenaires.

Quelles ont été, à votre avis, les plus grandes réussites de la première phase du plan d’action Biodiversité ?
Dans la première phase du plan d’action, le Conseil fédéral a reconnu l’urgence d’intervenir et, notamment, engagé des mesures d’urgence dans le domaine de la protection de la nature et de la biodiversité forestière. Depuis 2017, la Confédération est mieux en mesure de soutenir financièrement une action renforcée des cantons. D’autre part, nous avons réalisé des avancées concrètes, notamment en matière de mobilité. L’Office fédéral des routes et l’Office fédéral des transports se sont fortement engagés pour apporter des améliorations dès la première phase. Nous allons poursuivre les avancées amorcées dans la première phase.

Certaines mesures importantes ne sont pourtant pas encore totalement mises en oeuvre. Sans parler des objectifs de la Stratégie Biodiversité Suisse. Je pense notamment à la mise en place d’une infrastructure écologique et à l’intégration de la biodiversité dans les politiques sectorielles. Comment peuton changer la donne, et que fait l’OFEV en ce sens ?
La plupart des mesures sont en bonne voie. Les exemples cités sont des projets dont la réalisation ne peut se faire en quelques années. Les travaux visant à mettre en place l’infrastructure écologique, par exemple, ont été considérablement renforcés dans les conventions-programmes conclues avec les cantons. Sur la base de cette planification, des mesures concrètes peuvent maintenant être élaborées pour préserver et encourager la biodiversité dans le cadre de l’aménagement du territoire. Plusieurs cantons ont déjà fait approuver leur planification par le gouvernement ou l’ont intégrée dans leurs travaux sur leur stratégie cantonale de promotion de la biodiversité.

Comment expliquez-vous le décalage entre les ambitions de la Stratégie Biodiversité Suisse avec son plan d’action, et les effets souvent jugés insuffisants dans la pratique ?
La stratégie présente les objectifs que nous voulons atteindre. Le plan d’action décrit le chemin à parcourir. Ce chemin est loin d’être rectiligne et sans embûches ; il y a toujours de nouvelles difficultés à surmonter. D’autre part, le plan d’action n’est qu’un petit engrenage dans le système. Comme la lutte contre le dérèglement climatique, la préservation et l’encouragement de la biodiversité sont des missions qui incombent à toute la société. C’est une tâche complexe qui ne s’effectue pas d’un claquement de doigts.

Les ONG reprochent au nouveau plan d’action de manquer de mordant et d’efficacité. Il ne serait pas assez contraignant et trop théorique. Que vous inspirent ces critiques ?
Le plan d’action est là pour rendre le travail de protection de la nature mené sur le terrain plus efficace. Pour que cela soit possible, il faut commencer par réaliser un sérieux travail conceptuel, puis tester les bases théoriques ainsi générées dans des projets pilotes, et enfin infuser les résultats dans le travail de mise en oeuvre des cantons. Les effets sont donc souvent indirects et n’apparaissent que lorsque les cantons entrent en action. Même si les financements proviennent pour moitié de la Confédération, ce sont bien les cantons qui s’en servent pour aménager des étangs, restaurer des marais, créer des réserves, etc.

Quels sont les changements fondamentaux qu’apportera la deuxième phase du plan d’action ?
Ce qui est entièrement nouveau, c’est l’implication des offices fédéraux partenaires aussi bien au niveau de la réalisation des mesures qu’à celui de la direction globale du plan d’action. L’OFEV reste aux manettes, mais tous les offices impliqués assument ensemble la responsabilité de la réussite du projet.

Quelle mesure vous tient particulièrement à coeur ?
Toutes, sans hésiter ! Chaque mesure intervient à son niveau spécifique et apporte ce qui y est nécessaire. Il y a aussi, entre les mesures, des synergies qui peuvent et doivent être exploitées. L’important n’est donc pas une mesure précise, mais l’ensemble.

Les ONG estiment que les communications de la Confédération ne reflètent pas l’urgence liée à la crise de la biodiversité. Comment comptez-vous communiquer sur les avancées du plan d’action ?
Le Conseil fédéral et l’OFEV exposent la situation de la biodiversité en Suisse dans diverses publications, telles que le rapport sur l’état de la biodiversité, la synthèse des listes rouges et le rapport sur le suivi des effets de la protection des biotopes. L’OFEV informera régulièrement sur les progrès réalisés dans le cadre du plan d’action à partir de la fin de l’année. De plus, le plan d’action sera soumis à une évaluation vers la fin de la deuxième phase.

Quels indicateurs concrets ou valeurs cibles ont été définis pour la seconde phase ?
Les mesures du plan d’action ont été élaborées à partir d’un modèle d’impact. À chaque mesure sont associés des prestations et effets spécifiques qui peuvent être évalués. Les prestations comprennent des projets réalisés et des produits concrets. Au niveau des effets, nous examinons la façon dont les produits sont utilisés et les changements de comportement qu’ils induisent chez les acteurs concernés.

Comment l’OFEV organise-t-il la collaboration avec les autres offices fédéraux afin d’assurer la mise en oeuvre du plan d’action dans leurs domaines respectifs ?
Les offices partenaires sont responsables de l’élaboration et de l’application des mesures dans leurs politiques sectorielles respectives. L’OFEV assume une fonction de conseil. La mise en oeuvre globale du plan d’action est pilotée conjointement par tous les offices partenaires. À cet effet, un comité de programme a été créé : il rassemble les directions des différents offices sous la présidence de la directrice de l’OFEV.

Quelle est la situation dans les domaines non verts ?
On observe, dans beaucoup de secteurs, une prise de conscience croissante des conséquences de la perte de biodiversité ; elle peut par exemple être suscitée par les demandes répétées de la clientèle. On trouve tout à fait, dans le monde de la finance, des acteurs conscients de la nécessité d’agir.

Mais, de manière générale, la préservation de la biodiversité n’est pas encore vraiment prise au sérieux.
On accorde aujourd’hui plus d’importance aux bénéfices à court terme qu’à la préservation à long terme des bases naturelles de la vie. Cela se fait au détriment de la biodiversité. Pour préserver durablement la biodiversité et ses bienfaits, il faut intégrer ces priorités dans toutes nos décisions, politiques comme individuelles.

Que souhaitez-vous pour l’avenir, afin que le plan d’action soit une réussite ?
Nous aurons réussi si les différents protagonistes progressent dans leur travail en faveur de la biodiversité grâce aux approches développées dans le plan d’action. J’aimerais y contribuer. Par ailleurs, il serait formidable de rallier de nouveaux acteurs à ce grand projet de société.


Christine Zundel est agronome et géographe.

Contact :
Informations supplémentaires : bafu.admin.ch > Aktionsplan Biodiversität

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